Les tables « du moment » : un rappel méthodologique
Les tables de mortalité publiées par l’Insee sont des tables du moment, établies sur des périodes de trois ans.
Que signifie cette approche ? Ces tables sont construites à partir des décès constatés au cours des années les plus récentes. Ainsi, la table Insee 2019 fournit le taux de mortalité :
- A la naissance, calculé à partir des décès observés pour les personnes nées entre 2017 et 2019 ;
- A 60 ans, à partir des décès des personnes nées entre 1957 et 1959, etc.
Une même table regroupe donc les taux de mortalité de toutes les générations encore en vie en début de période. C’est donc un ensemble nécessairement hétérogène du point de vue de la mortalité.
Les effets attendus de la pandémie sur la mortalité
La pandémie de Covid-19 a touché de manière disproportionnée les personnes fragiles, en particulier les seniors. On pouvait donc anticiper les évolutions suivantes dans les tables de mortalité :
- Une hausse transitoire de la mortalité des seniors en 2020 et 2021, due au décès des personnes les plus vulnérables infectées par le Covid-19 ;
- Un retour progressif, à partir de 2022, vers les niveaux de mortalité d’avant-pandémie ;
- Eventuellement, une baisse légère de la mortalité instantanée dans la période post-Covid si la pandémie avait opéré une sélection et éliminé les individus les plus fragiles.

Dans les faits, paradoxalement, la mortalité a augmenté en 2022, alors même que l’intensité de la pandémie diminuait (variant Omicron moins virulent, vaccination généralisée). Blanpain (2023) estime la surmortalité à 53 800 décès pour cette seule année. Deux épisodes de grippe sévères ont compensé la diminution de la mortalité liée au Covid-19.
Espérance de vie et tables de mortalité

L’impact de la pandémie est limité sur l’espérance de vie des seniors, stable pour les femmes et en légère hausse pour les hommes.
Avec les tables 2025, cette tendance devrait même se poursuivre, puisque l’année 2022 — marquée par une mortalité élevée — ne sera plus incluse.
Conséquences pour la valorisation des viagers
On déconseille généralement les tables de mortalité de l’Insee pour valoriser des viagers, malgré une actualisation plus fréquente que celle des tables générationnelles (TGH05-TGF05). Mais, certains les utilisent encore, par préférence méthodologique ou pour des considérations plus pragmatiques. En effet, comme elles affichent une espérance de vie plus faible, elles avantagent les vendeurs en viager.
La baisse de l’espérance de vie observée dans les tables 2020 et 2021 était purement transitoire. Il était donc pertinent de continuer à se référer aux tables 2019. La normalisation est désormais effective : les tables 2024 s’alignent largement sur celles de 2019.
Le choix entre les tables 2019 et 2024 de l’Insee ne modifie pas significativement la valorisation des viagers.
